29/04/2012 06:06
C’est devenu un classique du genre : après la baie de Ha Long, la vraie, celles des fermes perlières et des îlots en forme de bestiaire, il est de coutume d’aller naviguer dans la baie de Ha Long terrestre à Ninh Bình (Nord). Mêmes pitons rocheux, même magie, même beauté…
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Estampes naturelles !       Photo : Gérard/CVN


Je me souviens fort bien de ma découverte de cette baie-là. C’était en 1993. Nous avions pris un bus à suspensions à ressorts à lames dans lequel chaque «hô voi» (grand trou) de la route nous projetait violemment les uns contre les autres. Nous tentions de suivre les explications de notre guide, en tressautant au rythme des cahots et en nous agrippant à notre siège pour conserver un semblant de dignité. Après un séjour à Hanoi, c’était notre premier contact avec la campagne vietnamienne, et nous nous étonnions de tout : les rizières, les buffles, les enfants courant le long des routes, les femmes portant des fardeaux…

Jeux de têtes…

Après deux heures de routes entrecoupées de haltes hygiéniques pour soulager nos vessies mises à mal, nous sommes arrivés au bord d’une rivière. Après quelques pas mal assurés, nous avons retrouvé nos marques de bipèdes terriens, et nous nous sommes dirigés vers des barques à fond plat qui semblaient nous attendre, sagement alignées le long de la berge…

À l’époque, l’embarcadère ressemblait à un marché de plein air, où les paysannes du coin venaient vendre fruits, vêtements et autres produits sensés être prisés par des touristes occidentaux. J’avais d’ailleurs été invité par une de ces dames à me rendre à son logis pour, dans l’ordre, partager un thé, rencontrer sa fille, acheter une nappe brodée. Néophyte à l’époque, j’avais décliné l’invitation, ne sachant quelles turpitudes pouvaient m’attendre…

Nous étions montés dans une des barques pour, après quelques coups de rames, en redescendre aussitôt. En effet, la rivière passait sous un pont de pierre si bas qu’il fallait quasiment se coucher en avant pour le franchir. Et par égard pour nous éviter de malencontreux chocs à la tête, nous devions abandonner notre embarcation, passer à pied de l’autre côté du pont, puis remonter dans la barque afin de poursuivre notre chemin. Je me suis longtemps demandé pourquoi l’embarcadère n’avait pas été installé de l’autre côté du pont pour échapper à ce transbordement…, mais le cœur vietnamien a des raisons que la raison occidentale ne connaît point, comme aurait dit l’ami Blaise !

Rapidement ce petit inconvénient est tombé dans l’oubliette des choses sans importance, tellement le paysage qui s’offrait à nous était fabuleux.

Deux tapis de rizières verdoyantes qui se déroulaient de chaque côté de notre barque, avec, en toile de fond, des pitons couronnés de végétation luxuriante, sentinelles minérales qui nous montraient le chemin. À peine étions nous étonnés par le premier que déjà le second se dévoilait, tout juste le temps d’être admiré, avant que le troisième ne vienne nous faire oublier les deux premiers. Et, divine surprise, nous découvrions au détour d’un méandre une succession de grottes qui nous semblaient être la porte des entrailles de la terre. Têtes penchées pour éviter les stalactites, voix ricochant sur les parois de dentelles, clapotis des rames qui dirigent doucement l’embarcation…, nous étions ailleurs, dans un monde souterrain qui nous avait avalé…

Puis retour à la lumière, aux nuances de blancs et de gris du calcaire jouant avec les verts changeants des rizières. Et tout cela, en sachant que deux ans auparavant le film «Indochine», qui avait fait rêver tant de Français, avait été tourné en partie sur ces mêmes lieux ! On s’y croyait !

Gondolières à Tam Côc, Ninh Bình !     Photo : Gérard/CVN

Jeux de jambes

L’étonnement n’était pas qu’à l’extérieur ! Ce qui se passait dans la barque avait aussi de quoi nous étonner…

J’ai découvert ce jour-là que pour le Vietnamien, être ambidextre ne se résumait pas aux mains, en admirant l’habileté avec laquelle notre pilote pouvait ramer avec les pieds. J’ai depuis vu bien des embarcations en mer ou sur fleuve, menées de… pied de maître, de ce pédalage soutenu et régulier, qui donne l’impression que le rameur pourrait faire sa sieste tout en continuant à faire avancer sa barque, mais qui de façon plus prosaïque permet au rameur de tenir le gouvernail pour se diriger : aux pieds la propulsion, aux bras la direction... Mais avouez que la première fois ça a de quoi surprendre l’Occidental plus habitué à baisser le tronc sur le banc de nage qu’à lever la jambe ! Depuis, le mode de propulsion a changé : il y a deux pilotes, l’une rame comme toute une chacune, l’autre, debout, pousse sur une longue perche de bambou, à l’instar des gondoliers vénitiens… Mais le charme reste identique !

Depuis, j’ai découvert dans cette région d’autres rivières, d’autres grottes, au milieu de ces montagnes qui donnent aux paysages des airs d’estampes dessinées à l’encre de chine. C’est toujours aussi magique !

La baie de Ha Long n’a pas à avoir honte de sa petite sœur terrestre !

Gérard Bonnafont/CVN

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