>>Tout le pays reconnaissant >>Une histoire vraie... Nguyên Dang Khoa : enseignement au village Un après-midi d’été, nous avons rendu visite à Nguyên Dang Khoa, dans la province de Nghê An (Centre). Il était en train de jardiner, et en l’attendant, sa femme nous a raconté quelques faits le concernant. D’abord, qu’il avait toujours eu une santé de fer. Avant de s’engager dans l’armée, il s’est marié. En 1968, il a perdu la vue au combat, ce qui l’a obligé à quitter les rangs de l’armée, avec un taux d’invalidité de 81%. Bien qu’il ait perdu l’usage de ses yeux, il ne s’est pas du tout découragé et a fait beaucoup d’efforts pour se débrouiller seul. Il est capable désormais de vaquer seul à la plupart de ses affaires quotidiennes. En le voyant entrer dans le salon d’un pas sûr, personne ne pourrait imaginer qu’il est aveugle. Saisissant une chaise pour s’asseoir, il confie : «Je fais tous les jours du jardinage et taille mes plantes d’agrément. Elles sont belles n’est-ce-pas ?». D’après lui, certains désirent en acheter mais il n’est pas du tout disposé à les vendre. Bien qu’âgé de 68 ans, il n’est pas question pour lui de rester inactif. Conscient de l’utilité des informations dans la production agricole et dans la vie, cet invalide de guerre a demandé aux autorités de la commune de mettre sur pied un groupe chargé de l’information et de la propagande. Depuis, chaque jour, il rassemble des informations et des documents dans divers domaines : politiques de l’État et du Parti, lois, notamment liées à l’agriculture. Ensuite, il en fait une synthèse et partage le fruit de ce travail avec ses co-villageois via les haut-parleurs accrochés aux quatre coins du bourg. En 1998, il a été élu au Comité exécutif de l’Association des malvoyants de la province de Nghê An.
Nguyên Dang Khoa a aussi une âme d’artiste et peut jouer de quatre instruments : violon, clairon, mandoline et tambour. Membre actif de l’équipe des arts et des lettres du district, à chaque fête ou festival artistique organisé par la commune, le district ou la province, il rapporte toujours des récompenses, des satisfecit, qui trônent sur les murs de sa modeste demeure. Les mathématiques sont une autre de ses passions. Sachant que Nguyên Dang Khoa aime partager ses connaissances, un voisin lui a prêté une pièce pour qu’il l’utilise comme salle de classe. Grâce à sa méthode pédagogique simple et compréhensible, ses élèves sont de plus en plus nombreux. À chaque cours, il leur demande à tour de rôle de venir écrire au tableau. S’agissant des exercices, le professeur demande aux élèves de les lire à haute voix. Ensuite, il réfléchit avant de les donner des explications. Souvent lors de ces cours, le professeur Khoa leur raconte de petites histoires sur le Président Hô Chi Minh, un domaine où il est particulièrement doué. Il a en effet décroché en 2009 le 1er prix du concours «Raconter des histoires sur l’Oncle Hô» du district de Nam Dàn et le 2e prix du concours «Raconter des histoires sur l’exemple moral du Président Hô Chi Minh». Trân Manh Du : des champs de bataille aux champs d’ordures Une fois dans le bourg de Luong Son, province de Hoà Binh (Nord), si vous demandez l’adresse de l’invalide de guerre Trân Manh Du à un moto-taxi ou à un coiffeur de rue, il vous indiquera immédiatement le chemin.
Né en 1947 dans la commune de Xuân Hai, province de Nam Dinh, le jeune Trân Manh Du est parti au front en 1968. Il a participé aux combats du Nam bô oriental et occidental. En 1972, il a été blessé et a perdu un oeil, et a toujours des fragments d’obus dans la tête. Après sa démobilisation en 1975, il n’a pas oublié les recommandations du Président Hô Chi Minh : «Malgré leur handicap, les invalides de guerre sont toujours des gens utiles», et s’est lancé dans les activités sociales. Il a occupé diverses fonctions comme vice-président de l’Association des invalides de guerre et des affaires sociales de la commune de Hùng Son (bourg de Luong Son aujourd’hui) et chef du comité culturel de la commune. Ne reculant jamais devant les travaux difficiles voire pénibles, il est arrivé au métier de ramassage et traitement des ordures ménagères par hasard. «En 1998, j’ai vu un grand tas d’ordures au bord de la nationale 6, tout près de chez moi, et au marché Luong Son. Une mauvaise odeur s’en dégageait. J’ai immédiatement pensé faire quelque chose pour réhabiliter ces lieux», a-t-il raconté. Se mettant rapidement au travail, il a demandé aux autorités locales de créer un groupe chargé d’assainir l’environnement. Ce groupe a tout de suite fonctionné avec efficacité, à la surprise des habitants locaux. Fort de ce succès, Trân Manh Du a décidé de s’intéresser aussi au traitement des déchets.
Actuellement, il est responsable d’un groupe d’une trentaine d’éboueurs. La compagnie qu’il a créée possède une pelle mécanique et deux camions-poubelle. «Dans un futur proche, au lieu de transporter les ordures depuis les communes jusqu’au bourg, je ferais construire dans chaque commune un point de traitement des ordures d’une capacité de 10 m3/jour afin d’économiser les frais de transport. Ces ordures, je compte les transformer en engrais organiques, en combustible», prévoit cet ex-soldat. En prenant congé, nous avons souhaité à Trân Manh Du de concrétiser rapidement son projet et son aspiration d’avoir un terrain pour construire le siège de son groupe d’éboueurs. Pham Tiên Hâu : éleveur de daims C’est dans la commune de Quang Thang, province de Quang Ninh (Nord), que nous avons rencontré Pham Tiên Hâu. Selon ce vétéran de guerre, l’élevage des daims est peu coûteux car ils mangent des légumes, des feuilles et des herbes. Au moment où ils se préparent à donner du bois de velours, il suffit de compléter leur ration avec des carottes et du maïs. Toujours selon M. Hâu, les daims étant des animaux sauvages, ils résistent naturellement bien aux maladies. Parfois cependant, ils sont constipés. «Pour les guérir, c’est simple. Il suffit de leur faire manger des troncs de bananier et des feuilles, explique-t-il. J’ai parfois sept à huit cerfs dans l’enclôt. Si l’on en prend bien soin, les femelles peuvent mettre bas tous les sept mois».
Chaque mâle donne une fois par an, au printemps, 700 à 800g de bois de velours, mais ceux de M. Hâu donnent un kilogramme. L’élevage des daims a rendu sa famille relativement prospère, selon les critères locaux. En effet, 100 g de bois de velours, utilisé dans le secteur pharmaceutique, se vend environ 2 millions de dôngs. Il est venu à ce métier un peu par hasard, en 2006. Auparavant, sa famille avait essuyé de nombreux échecs dans ses tentatives pour «faire fortune», de l’aquaculture à l’élevage porcin en passant par la culture maraîchère ou l’apiculture. Ce sont ses ex-compagnons d’armes qui lui ont donné l’idée de tenter l’élevage des daims. En 2006, il a acheté deux mâles au prix de 30 millions de dôngs. Après seulement cinq mois, il a retiré 15 millions de dôngs de bénéfice. Prenant conscient que les profits étaient le triple de ceux de l’élevage porcin, il a décidé de poursuivre dans cette voie. Grâce à son opiniâtreté, cet invalide de guerre a réussi à mettre sa femme et ses enfants à l’abri du besoin. Valorisant les traditions d’entraide et de soutien des soldats de l’Oncle Hô, il a aussi aidé des membres de l’Association des vétérans de guerre de son district à s’enrichir grâce à l’élevage des daims.
Diêu An/CVN