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Agroécologie : associer le développement agricole à la protection de l'environnement  - 03/11/2008

L'agroécologie n'est pas un phénomène nouveau. Elle date des années 1940
aux États-Unis. Il s'agit d'une technique de culture profondément innovante puisqu'elle supprime le labour (fondement de la plupart des agricultures du monde) en le remplaçant par un semis direct sur couvert végétal. Cette technique sera développée au Vietnam grâce à l'appui de la France.


L'agroécologie est née dans les années 1940 aux États-Unis en réaction aux phénomènes d'érosion dramatiques et de dégradations fortes observés dans les zones agricoles où les sols avaient été soumis à un travail mécanique motorisé profond et intensif. Ses objectifs principaux sont de faire évoluer l'agriculture à orientation quantitative vers une agriculture qualitative impliquant un renouvellement des buts et des moyens.

Cette agriculture, dont Pierre Rabhi est, en France, un des représentants les plus connus, respecte les écosystèmes et intègre les dimensions économiques, sociales et politiques de la vie humaine. Il ne s'agit donc pas d'une approche purement technique, mais d'une approche globale basée sur la reconnaissance des savoirs et savoir-faire des paysans.

Par la suite, ces techniques culturales ont été développées au Brésil à grande échelle à partir des années 1970, notamment sur les sols très fragiles des zones défrichées d'Amazonie et du Mato-Grosso, où la mise à nu des sols opérée par le labour profond mène à une dégradation accélérée de la fertilité par lessivage et à une stérilisation progressive des terres cultivables. Il est alors nécessaire de protéger les sols en développant des pratiques agricoles adaptées.

La mise sur le marché des herbicides a permis de cultiver sans labour. Après la "Révolution verte" des années 70, caractérisée par un usage massif d'intrants agricoles (engrais, pesticides...) et de variétés améliorées, les partenaires français estiment pertinent de soutenir une évolution qui peut être à la base d'une révolution doublement verte en faveur des régions déshéritées du monde. Cette nouvelle perspective de "révolution doublement verte" s'appuie sur la connaissance de l'activité biologique dans les sols et son utilisation pour les régénérer et en améliorer le potentiel productif.

L'agroécologie, parfois appelée "révolution doublement verte", permet d'opérer une intensification des fonctionnalités écologiques des sols en substituant au labour mécanique, un labour biologique réalisé par le système racinaire des plantes de couverture. Elle est une alternative aux techniques de "forçage" de la nature que sont devenues les techniques intensives de cultures mécaniques à haute consommation d'intrants.

Ensuite, la hausse du prix des intrants d'origine pétrolière (engrais, pesticides, carburants) de 1973, ainsi que les préoccupations environnementales et climatiques ont favorisé l'intérêt croissant pour les pratiques supprimant le labour mécanisé, très consommateur d'énergie, dans les pays de grande culture motorisée. Ces techniques diminuent en effet de façon drastique les consommations de produits pétroliers ainsi que celles d'engrais et de produits phytosanitaires : la fertilité est en fait reconstituée de façon naturelle par le couvert végétal producteur de matière organique et qui, du fait de l'effet d'ombrage qu'il procure, limite la prolifération des adventices. De plus, il est maintenant prouvé que l'agroécologie contribue à une séquestration du carbone non négligeable (en moyenne une tonne de carbone à l'hectare) et économise de façon sensible la ressource en eau (en supprimant le ruissellement et en améliorant l'infiltration).

À ce jour, près de 100 millions d'hectares sont cultivés selon ce mode de production dans toutes les écologies du monde.

La contribution de la France à la promotion de l'agroécologie

Dans les années 1990, les expérimentations novatrices menées en milieu tropical humide et chaud par le Centre de coopération internationale en recherche pour le développement (CIRAD) sur les systèmes de techniques dites d'"ensemencement direct sur couverture végétale permanente" ont suscité l'intérêt de l'Agence française pour le développement (AFD) et du Fonds fran-çais pour l'environnement mondial (FFEM). Ces derniers en ont cofinancé les premières expérimentations en centrant leur appui sur la mise au point de "paquets agroécologiques" simplifiés, économes en intrants et adaptés à un paysannat pauvre, alors que jusqu'alors l'agroécologie était uniquement pratiquée en grande culture mécanisée. Les opérations principales ont été développées à cette période à Madagascar dans des écologies très diversifiées.

Au Vietnam, l'appui de la France au développement de l'agroécologie par une coopération entre le CIRAD, l'Institut des sciences et des technologies du Vietnam (VAAS) et l'Institut des sciences agronomiques et forestières pour les zones de montagne du Nord du Vietnam (NOMAFSI) remonte à 1999 avec le projet de système agraire de montagne, financé par le ministère français des Affaires étrangères. Ce projet, achevé en 2005, a obtenu des résultats très prometteurs, notamment dans les zones de collines de la province de Bac Kan, où les techniques agroécologiques ont pu être adaptées aux contraintes locales et fait l'objet d'une première diffusion au paysannat. Depuis l'arrêt de l'appui du CIRAD, le NOMAFSI a amplement démontré sa capacité de poursuivre ses activités dans le domaine de l'agroécologie, qui sont portées par une forte demande paysanne en zone de collines.

Alors, un projet d'appui à l'agroécologie dans les régions de moyenne altitude et montagneuses du Nord du Vietnam vient d'être lancé. D'un montant total d'environ 1,3 million d'euros, il est cofinancé par l'AFD (subvention d'un million d'euros), le NOMAFSI et le CIRAD.
"Ce que nous nous proposons de construire ensemble au Vietnam est l'évolution la plus aboutie de l'approche, visant non seulement à ne plus perturber le sol, mais surtout à combiner ensemble plantes annuelles et plantes pérennes pour produire d'une manière productive et durable : grains, gousses, fourrages et tubercules, thé, et assurer une intégration de l'agriculture et de l'élevage en développant les couvertures fourragères", a expliqué l'ambassadeur de France au Vietnam, Hervé Bolot, à l'occasion du lancement du projet.

Selon lui, ce projet permettra de confirmer la pertinence d'une recherche adaptative, donc évolutive, conduite sur le terrain par les agronomes vietnamiens en partenariat avec le CIRAD. Il visera en particulier à confirmer que ces systèmes de cultures qui privilégient le fonctionnement biologique des sols peuvent être productifs, économes en énergie et en main-d'œuvre, rentables pour les producteurs, tout en respectant les ressources naturelles (eau, sol, biodiversité) des régions du Nord du Vietnam.

Minh Quang/CVN
(2/11/2008)
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